Vinyasa ou Ashtanga: quelle différence?

C'est l'une des questions qu'on me pose le plus souvent, et c'est une bonne question, parce que les deux mots circulent partout sans qu'on explique vraiment ce qui les sépare. On voit "vinyasa flow" sur un planning, "ashtanga" sur un autre, et il est difficile de savoir si l'on parle de deux pratiques différentes ou de deux noms pour la même chose. Voici comment je le comprends, après des années à enseigner l'un et à pratiquer l'autre chaque matin.

Commençons par le mot qui les relie, car il est au coeur des deux. Vinyasa veut dire, en simplifiant, l'union du mouvement et du souffle. Chaque geste se fait sur une inspiration ou une expiration précise. C'est un principe, pas un style. Dans ce sens, l'Ashtanga est une pratique vinyasa, puisqu'il repose entièrement sur cette coordination du souffle et du mouvement. C'est pour cela que la confusion existe: le vinyasa est à la fois un principe que partagent les deux, et le nom qu'a pris un style plus libre. La différence n'est donc pas dans le souffle. Elle est dans la structure.

L'Ashtanga repose sur des séries fixes. Les postures s'enchaînent dans un ordre précis, toujours le même, que l'on apprend progressivement. La première série d'abord, puis la deuxième, et ainsi de suite. Vous savez exactement ce qui vient après chaque posture, parce que cela ne change pas. Le vinyasa, tel qu'on l'entend le plus souvent aujourd'hui, est l'inverse: la séquence est composée par le professeur, différente à chaque cours, libre dans son déroulé. Un jour un enchaînement autour des hanches, le lendemain autour des torsions, selon l'inspiration du moment.

De cette seule différence découle tout le reste. Le vinyasa offre de la variété. On ne s'ennuie pas, on découvre sans cesse de nouvelles postures et de nouveaux enchaînements, et chaque cours est une surprise. C'est vivant, et cela convient à beaucoup de gens. L'Ashtanga offre l'inverse de la variété, et c'est précisément là sa force. En répétant la même série, on cesse de penser à ce qui vient ensuite, et l'attention se libère pour aller plus profond. Le corps apprend par le retour. Ce qui demandait tout votre effort il y a un mois se fait aujourd'hui presque seul, et vous le sentez. Cette progression mesurable, dans une séquence stable, est quelque chose que la variété ne permet pas.

Il y a aussi une différence dans la façon dont on enseigne. Le vinyasa se donne le plus souvent en cours collectif guidé, tout le monde suivant le professeur en même temps. L'Ashtanga Yoga se transmet traditionnellement en Mysore, où chacun pratique sa propre série à son rythme pendant que le professeur accompagne individuellement. Deux manières très différentes d'être dans une salle, et deux relations différentes à la pratique.

Alors, lequel choisir? Je ne crois pas qu'il y ait de bonne réponse universelle, seulement une bonne réponse pour vous, aujourd'hui. Si vous aimez la nouveauté, si vous voulez bouger sans engagement de régularité, si la répétition vous pèse, le vinyasa vous conviendra sans doute mieux. Si vous cherchez une pratique qui se construit dans le temps, qui devient une habitude quotidienne, qui vous apprend autant la patience que les postures, l'Ashtanga a quelque chose à vous offrir que peu d'autres pratiques offrent. Beaucoup de gens passent d'ailleurs de l'un à l'autre au fil de leur vie, et c'est très bien ainsi.

Ce que je dirais pour finir, c'est qu'aucune de ces deux pratiques n'est meilleure que l'autre. Elles répondent à des besoins différents, et parfois au même besoin à des moments différents d'une vie. La seule façon de savoir laquelle vous parle est d'essayer, avec un corps présent et un esprit ouvert, et de voir ce qui se passe en vous.

Si l'Ashtanga vous intrigue, c'est la pratique que j'enseigne chaque matin à Nantes, en Mysore, dans la tradition. Vous pouvez venir essayer un matin et sentir par vous-même ce que cette pratique a de particulier.

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Le Mysore n'est pas un cours comme les autres