Le Mysore n'est pas un cours comme les autres

La plupart des gens qui poussent la porte d'une salle de Mysore pour la première fois s'attendent à un cours. Un professeur devant, des élèves alignés derrière, tout le monde qui respire et bouge ensemble. Ce qu'ils découvrent ressemble d'abord à tout autre chose. Chacun pratique sa propre série, à son propre rythme. L'un est plongé dans les salutations au soleil, un autre tient une posture d'équilibre, une troisième est déjà allongée pour le repos final. Aucune voix ne compte les temps à voix haute. Et au milieu, je circule, je m'arrête, j'ajuste, je dis un mot à l'oreille de l'un, je guide la main de l'autre.

Vu de l'extérieur, cela peut sembler désordonné. C'est en réalité la forme la plus structurée et la plus ancienne d'enseignement de l'Ashtanga Yoga. Et une fois qu'on en comprend la logique, on a souvent du mal à revenir en arrière.

Voici comment cela fonctionne. Il existe une série de postures, dans un ordre précis. Vous ne l'apprenez pas en une fois. Vous l'apprenez posture après posture, à mesure que votre corps est prêt. Au début, votre pratique est courte. Quelques salutations, quelques postures, le repos. Puis, semaine après semaine, j'ajoute. Une posture nouvelle quand la précédente est devenue solide, jamais avant. Vous ne suivez donc pas un cours collectif calibré pour un niveau moyen qui ne correspond à personne. Vous suivez votre propre pratique, construite pour vous, qui grandit à votre vitesse.

C'est précisément ce qui effraie certains au départ. Sans personne pour mener, ne vais-je pas être perdu. C'est le contraire qui se produit. Parce que vous répétez la même séquence, jour après jour, vous cessez très vite d'avoir à réfléchir à ce qui vient ensuite. Et c'est là que quelque chose de profond se met en place.

Le corps apprend par la répétition, pas par la nouveauté. Chaque fois que vous refaites le même geste, votre système nerveux affine sa prédiction. Il sait un peu mieux où va le poids, comment le souffle accompagne, où le mouvement coince et où il s'ouvre. Ce qui demandait toute votre attention il y a un mois se fait aujourd'hui presque seul, et votre attention se libère pour aller plus profond. La répétition n'est pas l'ennuie de la pratique. Elle en est le moteur. C'est en revenant au même endroit que l'on finit par voir ce qu'on n'avait jamais remarqué.

C'est aussi pour cela que je n'enseigne pas en comptant devant tout le monde. Quand je m'approche de vous, je ne parle pas à la salle. Je vous parle à vous, à votre corps de ce matin, à ce qui se passe dans cette posture précise, aujourd'hui. Un jour vous avez besoin d'un appui, le lendemain d'un mot qui vous rassure, le surlendemain d'un défi. Aucun cours collectif ne peut faire cela. La pratique Mysore, oui, parce qu'elle est une relation, pas une chorégraphie.

Et puis il y a le rythme. Le Mysore se pratique le matin, presque tous les jours. Cela peut sembler exigeant. C'est en vérité un cadeau. Une pratique quotidienne, même courte, transforme bien plus qu'une longue séance occasionnelle. Ce n'est pas l'intensité d'un jour qui change un corps, c'est la fidélité du retour. On vient comme on est, fatigué ou en forme, raide ou disponible, et on apprend à pratiquer avec le corps du jour plutôt que contre lui. C'est une école de patience et d'honnêteté autant qu'une pratique physique.

Si tout cela vous intimide encore, je voudrais vous rassurer sur un point. On ne commence pas un Mysore en sachant. On commence en ne sachant rien, et c'est exactement comme cela que tout le monde a commencé, moi comprise. Vous n'avez pas besoin d'être souple, fort, ni de connaître une seule posture. Vous avez seulement besoin de venir, un matin, et de me laisser vous montrer la première chose. Le reste se construit, jour après jour, à votre rythme.

C'est ce que je propose à Nantes, six matins par semaine. La seule école de la ville à offrir un programme Mysore quotidien. Si vous êtes curieux, le plus simple est encore d'essayer. Venez pratiquer un matin, et voyez par vous-même ce que ce drôle de silence affairé a à vous apprendre.

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